Nager avec les dauphins à la Réunion

Avant nos vacances à la Réunion à l’automne 2021, nous nous étions demandés s’il fallait nager avec les dauphins et les baleines. La question se pose à une époque où le tourisme de masse peut avoir un effet néfaste sur le long terme.

Choisir son prestataire pour nager avec les dauphins

Le choix de la structure avec laquelle se fera la sortie est essentiel ! Choisir un club qui n’adhérerait pas à une charte éthique quant à l’activité de rencontre avec des cétacés sauvages, dans leur milieu naturel, peut avoir un impact très dommageable sur les animaux. Par exemple, traquer les animaux de manière systématique, sans respect de leur comportement et de leurs besoins, peut être un facteur de stress impactant sur l’alimentation, le repos, voir même la reproduction.
Plusieurs semaines avant notre départ, nous avions donc pris le temps d’étudier minutieusement les sites internet de prestataires proposant des sorties cétacés ; nous en avions même appelé quelques-uns, pour discuter et nous aider à nous faire un avis. Après toutes ces recherches, notre choix s’est porté sur Duocéan. Ils nous sont apparus respectueux et attentifs. Leur site internet parle beaucoup de respect envers les animaux. Duocéan pratique l’observation passive. C’est-à-dire qu’ils ne cherchent pas à tout prix l’interaction avec l’animal. Les plongeurs se mettent à l’eau et observent les animaux dans leurs activités. Libres à eux de venir à la rencontre des plongeurs ; ou pas.

Voici un lien pour découvrir Emmanuel, fondateur de Duocéan, et sa méthode d’observation des dauphins.

Un rendez-vous matinal pour aller observer les dauphins

sur le bataeu à la recherche des dauphins
Les padawans Gabin et Lucie à bord du bateau.

Le rendez-vous était fixé à 7h du matin, à Saint Gilles, sur le port. Tôt le matin est le meilleur moment pour observer les dauphins. C’est tôt, mais ça vaut franchement le coup. C’est le « tarif » pour nager avec les dauphins à la Réunion. De toute façon, le soleil se lève très tôt à la Réunion. Il fait jour dès 5h30 le matin.
A notre arrivée, on commence par récupérer le matériel nécessaire pour la mise à l’eau : palmes, masque, tuba et combinaison. Cette dernière sert à la fois à ne pas avoir froid (tôt le matin, en position statique dans l’eau) et à flotter, ce qui dispense de porter un gilet de sauvetage.
Parmi les prérequis afin de pouvoir se mettre à l’eau :

  • Savoir nager et respirer dans un tuba ;
  • Etre en bonne condition physique (la remontée sur le bateau est sportive)
  • Avoir au moins 8 ans. Notre padawan Gabin a donc dû rester sur le bateau et pas de passe-droit puisque c’est un arrêté préfectoral qui fixe cet âge pour la mise à l’eau avec des cétacés en milieu naturel.

Une fois les équipements distribués, c’est l’heure du briefing : on nous explique les règles de sécurité ainsi que le déroulement de la balade et de la mise à l’eau. Malheureusement : pas de baleine pour nous en cette période de l’année (toute fin octobre) d’autant que 2021 aura été une année très pauvre en baleines à la Réunion.

Comment approcher les dauphins ?

La mise à l’eau

La manière d’approcher les dauphins est un élément primordial dans le respect du bien-être de ces animaux et dans le succès de l’observation, voire de l’interaction.
Dès qu’un groupe d’animaux est repéré, le bateau doit ralentir puis s’arrêter à quelques dizaines de mètres, distance à laquelle les plongeurs se mettent à l’eau. La mise à l’eau doit être la plus douce et silencieuse possible, tout en étant rapide afin de ne pas manquer les animaux. La méthode est simple : les pieds dans l’eau, le ventre posé sur le boudin du zodiac, tournant donc le dos à l’eau, on se laisse doucement glisser. Puis on nage délicatement vers l’arrière du bateau où tous les plongeurs se retrouvent pour former une ligne afin que les animaux nous perçoivent comme un tout, et pas comme de multiples intrus. Dans tous les gestes et déplacement, il faudra éviter de faire du bruit et d’être brusque : lors du palmage, ne pas faire taper les palmes à la surface de l’eau, ne pas bouger les bras dans tous sens…

L’approche

Pour ce qui est de l’approche à proprement parler : il faut arriver auprès des cétacés par une trajectoire en courbe comme nous en avions discuté avec Valérie Valton. En aucun cas il ne faut arriver frontalement ou par l’arrière, les animaux pourraient se sentir menacés ou pourchassés.
Lorsque les animaux s’en vont, nul besoin d’essayer de les poursuivre. Ils sont dans leur élément, pas nous. Aucune chance de pouvoir les rattraper, même si vous étiez champion de natation. Ce sont les animaux et eux-seuls qui décident des rencontres et des contacts.

Interaction et « contact »

Chez Duocéan, on pratique l’observation passive. On repère les animaux depuis le bateau, on se glisse à l’eau le plus doucement possible puis on observe. Le but est d’être spectateur du moment de vie qui se déroule devant nos yeux : phase de repos, socialisation, nage en groupe, chasse, jeux, reproduction…
L’initiative du rapprochement et du « contact » est à la seule initiative des cétacés. Si le groupe de plongeurs est calme et que la mise à l’eau a été correcte, cela peut attiser la curiosité des animaux qui auront envie de voir de plus prêt ce « truc étrange à la surface de l’eau ». Mais cela reste des individus sauvages, donc on n’est jamais sûr de leur comportement ; tout comme il n’y a aucune garantie qu’il sera possible d’en observer lors de la sortie.
Dans tous les cas, il est demandé de ne pas toucher dauphins ou baleines. Tout comme en plongée : on ne touche pas !
Nager avec les dauphins (à la Réunion ou ailleurs) est une expérience unique, il faut être humble et profiter, avec le respect comme mot d’ordre.

Le risque requin

Le « fameux » risque requin est LA grande question à la Réunion.
On sait que les requins ne sont fondamentalement pas dangereux pour l’Homme. Plusieurs attaques de requins sont à déplorer ces dernières années sur l’île. Et même si on ne peut que compatir à la souffrance des familles, tous les accidents s’expliquent par des erreurs des victimes qui se sont baignées à des moments favorisant les risques (eaux troubles, après des épisodes de précipitations, au crépuscule…). A la Réunion, la baignade est tout simplement interdite hors des plages protégées par une barrière de corail. Celle-ci casse les vagues au large et empêche les requins d’entrer dans le lagon. Les surfeurs, en quête de belles vagues, prennent donc le risque de pratiquer leur sport à des endroits où il est interdit de se mettre à l’eau. Passionnés, ils ne respectent que rarement les consignes visant à proscrire toute activité après qu’il ait plu ou en fin de journée. La pluie fait raviner des sédiments jusque dans l’océan, rendant l’eau trouble. On sait que les requins adorent ces conditions pour chasser.

Suite aux attaques des dernières années, les autorités réunionnaises ont mené des campagnes de massacre pêche des requins. Cela a mené à une véritable extermination des différentes espèces de requins autour de l’île, au risque de déséquilibrer les écosystèmes marins. Diverses associations luttent contre ces campagnes d’extermination, autorisant parfois même la traque des requins au détriment des coraux et autres poissons, déjà pas forcément en grande forme.
Les faits sont confirmés par les plongeurs locaux que nous avons pu rencontrer sur place. Il y a 20 ans, il n’était pas rare de croiser des requins en plongée, et apparemment, on pouvait même voir des requins marteaux à la Réunion. Depuis les premières attaques : les différentes espèces de requins ont été décimées.

Peu de risques, mais il vaut mieux savoir quoi faire, au cas où…

Duocéan nous fait donc part des recommandations afin de réduire encore les risques liés à l’éventuelle présence de requins.
Lors du palmage, il est important de garder les palmes dans l’eau en évitant les éclaboussures en surface. Un requin pourrait vous prendre pour une proie en détresse en surface.
Rester en groupe permet aussi de dissuader les requins de s’approcher. Groupés, les plongeurs forment une seule et même entité qu’un requin n’osera pas approcher ou tester. Un plongeur isolé en revanche…
La visibilité dans l’eau doit être bonne : les requins profitent souvent des eaux saumâtres (où l’eau douce, provenant de l’écoulement des eaux de pluie se déversent dans l’océan) pour se dissimuler et chasser. Si l’eau n’est pas claire, on ne se mettra pas à l’eau.
« En une dizaine d’années, nous avons vu deux requins. Dans les deux cas, tout s’est bien passé. Les requins n’ont même pas prêté attention à notre présence et nous sommes remontés sur le bateau calmement et sans problème », témoigne Manu, fondateur de Duocéan.
Rappelez-vous que, malgré la mauvaise réputation dont il est affublé, le requin n’est pas un animal affamé qui mange absolument tout ce qui passe. Les requins mangent finalement assez peu. Ils restent parfois plusieurs jours voire plusieurs semaines (en fonction des espèces) sans manger.

Papa pense aussi que nager avec des dauphins aux alentours aurait pour effet de repousser les requins. Requins et dauphins ne sont pas très copains semble-t-il.

Le grand bleu

Du bleu, du bleu et du bleu.

Un arrêté préfectoral (encore un) interdit la mise à l’eau avec les cétacés sauvages avant 9 heures du matin. Comme le départ du port se fait tôt, le bateau prend la direction du large pour une mise à l’eau test. Cela permettra de s’entraîner à se mettre à l’eau selon la méthode préconisée, à palmer en douceur et à remonter sur le bateau. Remonter à bord est probablement la chose la plus difficile. La première remontée se fait à peu près bien. Cependant, l’effort à fournir est grand et les multiples répétitions sont vraiment fatigantes.
Autre chose importante à appréhender : le grand bleu ! Se mettre à l’eau au milieu de nulle part, sans autre vision que… du bleu ! A gauche, à droite, devant, derrière, en dessous. L’océan – dans son immensité – est saisissant. Plusieurs centaines de mettre d’eau sous nous. Ca peut paraître terrorisant en y pensant, mais la sensation est tellement incroyable que finalement, tout se passe bien et la crainte laisse place à l’émerveillement de voir les rayons du soleil percé la surface de l’eau. On se croirait dans un film.
Nous découvrirons que lorsque l’on nage avec les dauphins, cette immensité ne compte plus et nos yeux et notre esprit sont focalisés sur eux.

A l’eau !

Il est 9 heures. Nous allons pouvoir prendre la direction des lieux où il est courant de voir des dauphins. Il ne faudra que quelques minutes avant qu’un groupe soit repéré. Tout va alors très vite : on nous indique de nous équiper et de prendre position sur les boudins du zodiac. Au signal du capitaine du bateau, c’est la mise à l’eau, selon les consignes qui nous ont été données précédemment.
Top ! On glisse dans l’eau et on se retrouve à l’arrière du bateau. Bras dessus bras dessous, on se dirige doucement vers les dauphins. A ce moment du récit, il convient de dire qu’entre l’excitation de la situation, le stress de bien faire et le fait d’être dans l’élément aquatique, nous n’avons pas réellement idée d’où sont les dauphins.
Et c’est là que va se produire le moment peut-être le plus magique de notre aventure.
Tout d’abord, une étrange sensation physique d’être « scannés », puis la perception auditive, claire, des cliquetis des dauphins. Cela ressemblerait presque à des chants (voir la vidéo ci-dessous).
Et seulement quelques secondes plus tard : l’apparition de dizaines de dauphins, des Stenella longirostris, aussi appelés dauphins à long bec. Ils passent relativement vite mais nous avons tout de même le temps de voir des petits, de les voir tournoyer en nageant… C’est incroyable. Même si la rencontre fut relativement brève, le banc ayant continué à faire sa vie, cela a presque paru une éternité. Il nous aura fallu une ou deux minutes avant de réellement reprendre nos esprits et retourner vers le bateau pour tenter une autre rencontre.
C’est officiel, nous avons nagé avec des dauphins, à la Réunion, l’île d’origine de la maman padawan.

Mettez le son à fond pour bien entendre les clics et chants de ces dauphins de la Réunion.

A la recherche des Aduncus

Nous étions les premiers à nous mettre à l’eau avec le groupe de longirostris, mais nous avons été repérés. Le temps de remonter à bord après l’observation, plusieurs bateau était « sur site » et tentait de se positionner pour eux-aussi permettre à leurs clients de nager avec les dauphins. Le capitaine du bateau a donc décidé d’épargner la présence d’un bateau supplémentaire aux cétacés et nous nous sommes donc mis en quête d’un autre groupe de dauphins, et pourquoi pas d’une espèce différente.
Nous avons donc pris la direction de la baie de Saint Paul. Techniquement, c’est un lieu où de l’eau douce ravine par temps de pluie. Ce jour-là toutefois : pas de problème. Nous avons donc pu nous mettre à l’eau avec un petit groupe de quatre Tursiops aduncus, dont une maman et son « petit ». La nature avait donc décidé de nous offrir une deuxième chance de nager avec des dauphins.
A leur attitude, on devinait que le petit groupe était en phase de repos. Nous avons donc fait encore plus attention de ne pas les déranger et de ne pas les approcher de trop près non plus. Nous les avons laissé aller et venir, autour de nous, parfois proches, parfois lointains. J’ai été prise d’une grande émotion quand mon regard a croisé celui de la mère du petit. C’était très intense, comme si un lien était établi entre nous, pour un court instant.

Lucie avec Théo et Clément, capitaine du bateau.

Ceux qui font attention

En conclusion, nous pouvons dire que nous avons vécu une première expérience mémorable en nageant avec ces dauphins à la Réunion. C’est définitivement une expérience que nous souhaiterions revivre un jour, avec le padawan Gabin à l’eau avec nous.
Même si nous ne sommes pas des experts, notre avis sur Duocéan est très positif. Et comme nous n’avons aucun partenariat particulier avec eux, nous tenons à dire qu’il y a de nombreux prestataires et clubs de plongée qui proposent des « sorties cétacés ». Tous ne sont évidemment pas aussi sérieux que Duocéan, mais d’autres sont assurément très sérieux aussi.
Que vous voyagiez à la Réunion ou dans d’autres parties du monde, prenez le temps de vous renseigner sur les entreprises avec lesquelles vous envisagez de réaliser ces activités. Voyager a déjà un lourd impact sur l’environnement, alors quand c’est possible, essayons d’avoir des activités respectueuses de la nature.

Et les autres…

Par exemple, les bateaux de type « Visiobul » que l’on trouve un peu partout et qui offre des surfaces vitrées très larges pour l’observation. Ces activités ne sont que rarement respectueuses, les bateaux vont très vite, s’approche au plus près de leurs « cibles ». On nous a plusieurs fois raconté des histoires de tortues percutées (et tuées) par de tels bateaux. D’ailleurs lors de l’une de nos plongées à la Réunion, alors que nous réalisions notre palier à 3 mètres, nous avons eu le « plaisir » de voir passer un de ces bateaux, moteurs allumés, juste au-dessus de nous, sans respect du pavillon alpha, pourtant visible sur le bateau en surface. Tout s’est bien terminé, mais la pratique est interdite, le bateau aurait dû contourner la zone. On ne peut que leur souhaiter une sanction…